La CPI accuse la Jordanie d’avoir «manqué à ses obligations» d’arrêter le président soudanais El-Béchir

La Cour pénale internationale (CPI) a décidé de référer la «non-coopération de la Jordanie devant l’Assemblée des Etats Parties au Statut de Rome (AEP)», estimant que ce pays avait «manqué à ses obligations» en refusant d’arrêter sur son sol en mars dernier, le président soudanais Omar el-Béchir, poursuivi pour génocide au Darfour.

Omar el-Béchir est visé par deux mandats d’arrêt internationaux émis par la CPI en 2009 et 2010 pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis au Darfour, province de l’ouest du Soudan en proie depuis 2003 à une guerre civile qui a fait 330.000 morts, selon l’ONU. Mais le président soudanais n’a jamais été inquiété jusqu’à présent et il se déplace de capitale en capitale des pays membres de la CPI.

Ce fut le cas, le 29 mars, lors d’un déplacement en Jordanie où il avait assisté librement au sommet de la Ligue arabe en Jordanie, Etat partie à la CPI, malgré les appels des défenseurs des droits de l’Homme à l’interpeller.

La Cour a donc rendu public ce lundi sa décision «de référer cette non-coopération de la Jordanie devant l’Assemblée des Etats Parties au Statut de Rome (AEP) », traité fondateur de la CPI, et au Conseil de sécurité des Nations unies, alors qu’elle avait déjà renvoyé l’an dernier le Tchad, Djibouti et l’Ouganda devant l’ONU pour ne pas avoir arrêté Omar el-Béchir sur leur territoire. Mais aucune mesure n’a été prise jusqu’ici, à leur encontre.

En juillet, la CPI avait aussi jugé que l’Afrique du Sud avait manqué à ses obligations en n’arrêtant pas sur son sol El-Béchir à la mi-juin 2015 lors de sa participation à un sommet de l’Union africaine (UA) à Johannesburg. Cependant, les juges de la CPI s’étaient abstenus de renvoyer l’affaire  devant l’AEP et devant le Conseil de sécurité de l’ONU qui avait saisi en 2005 la CPI au sujet de la situation au Darfour.

Fondée en 2002, la Cour ne dispose pas de force de police propre pour arrêter les suspects qu’elle recherche et compte ainsi sur la coopération des Etats pour l’exécution des mandats d’arrêt internationaux qu’elle délivre.

Malgré le mandat international à son encontre, le président soudanais El-Béchir multiplie ainsi les déplacements. Il s’était rendu fin novembre en Russie pour une première visite au cours de laquelle, il a assuré que le Soudan avait besoin d’être protégé contre les «actes agressifs» des États-Unis, et ce malgré la levée récente de l’embargo économique américain imposé pendant vingt ans à son pays.

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